Mécanismes de la violence à la télé
Après avoir résumé létat actuel des connaissances relatives aux rapports entre images violentes à la télé et comportement asocial (ici), nous allons à présent nous pencher sur les mécanismes en jeu dans ce qui ressemble à une entreprise dimprégnation par la violence télévisuelle.
Cest un truisme, mais la violence à la télé permet au jeune de penser que " ça existe ". Il apprend quon peut agir dans la vie aussi par la violence. Les psychologues appelle ce phénomène " amorçage ".
Pour autant, chacun ne passe pas à lacte !
Quels chemins la violence télévisuelle emprunte-t-elle dans nos esprits, jusquà en faire chanceler certains ?
Les psychologues distinguent trois mécanismes dinitiation : lattribution de pensées malveillantes à autrui, une facilitation du passage à lacte et une identification à lagresseur.
Attribution de pensées malveillantes à autrui : des expérimentations ont montré que des sujets venant de visionner un film violent avaient plus facilement tendance à juger les autres comme des " ennemis " potentiels. Cette hostilité sourde se retrouve aussi dans dautres expériences où les sujets ont exprimé davantage de pensées agressives après un film violent, que ceux qui avaient regardé un film " neutre ". Il nest question ici bien sûr que de " tendance à " et non daffirmations de type prédictif !
Une facilitation du passage à lacte : pour anecdote, 9 détenus sur 10 dune prison de lIllinois, ont reconnu avoir appris des " techniques " en regardant des films policiers. Le sujet est spectateur de modes opératoires divers pour tuer, voler ou mettre en péril lintégrité physique dautrui. Les films violents ont parfois une valeur " pédagogique ".
Identification à lagresseur : la psychologie sociale a montré quon est dautant plus enclin à " imiter " un acteur violent à la télé, quand son acte a lair de pouvoir être " excusé " (vengeance), que lacteur a des côtés " sympathiques " : tout un ensemble de traits de mise en scène délaient et minimisent la portée et le sens de son acte. La question du bien et du mal, dans labsolu, nest plus posée et se trouve remplacée par des considérations de contingences : le personnage, dans cette situation, avait le " droit " de tuer, voler etc, un peu comme si on légitimait (à partir de quelles valeurs ?) certains actes en les replaçant dans un contexte censé les expliquer, voire les excuser.
Pendant que linitiation à la violence se fait, un autre phénomène peut sobserver : une désensibilisation par limage.
Une expérience de base montre quau fil de séances où ils visionnaient des films violents, les sujets montraient de moins en moins de réactions physiologiques (transpiration, accélération du rythme cardiaque). On peut en déduire que lexposition régulière à la violence télévisuelle finit par nous désensibiliser partiellement : nous ne réagissons plus avec la même force, et ce avec notre corps. Dailleurs, quon pense aux journaux télévisés et à leur litanies de morts et de catastrophes. Combien de morts un tsunami doit-il provoquer pour que les gens soient touchés au plus profond d'eux-mêmes ? Quels sont aujourdhui nos " seuils " de tolérance au malheur dautrui pour être émus et bouleversés au point dentraîner un élan de solidarité au niveau national et mondial ?
Des programmes de télévision se sont aussi fait une spécialité de montrer des images de course-poursuite et dinterpellations musclées. Cest la " télé-réalité ", terme si impropre puisque tout cela nest quune toute petite partie de la " réalité ". Ce nest plus alors de la désensibilisation, mais un certain attrait (daucuns diront morbide) pour tout ce qui fait (de moins en moins !) peur. Un peu comme les contes avec leurs sorcières que les enfants réclament en frissonnant davance, ces images violentes nous attirent par leur aspect spectaculaire.
A la désensibilisation peut aussi justement sajouter le sentiment, à force de voir la violence à lécran, que le monde extérieur nest que danger potentiel et hostilité. Lautre devient un ennemi possible, comme celui de la télé, dont il sagit de se méfier. On voit le danger partout, " ça narrive pas quaux autres ", " ça narrive pas quà la télé ". Enfin, dans notre société de limage et de la vitesse, il y a de moins en moins de place pour la réflexion, la critique et lanalyse