Mécanismes de la violence à la télé

Publié le par Gabrielle

Après avoir résumé l’état actuel des connaissances relatives aux rapports entre images violentes à la télé et comportement asocial (ici), nous allons à présent nous pencher sur les mécanismes en jeu dans ce qui ressemble à une entreprise d’imprégnation par la violence télévisuelle.

C’est un truisme, mais la violence à la télé permet au jeune de penser que " ça existe ". Il apprend qu’on peut agir dans la vie aussi par la violence. Les psychologues appelle ce phénomène " amorçage ".

Pour autant, chacun ne passe pas à l’acte !

Quels chemins la violence télévisuelle emprunte-t-elle dans nos esprits, jusqu’à en faire chanceler certains ?

Les psychologues distinguent trois mécanismes d’initiation : l’attribution de pensées malveillantes à autrui, une facilitation du passage à l’acte et une identification à l’agresseur.

Attribution de pensées malveillantes à autrui : des expérimentations ont montré que des sujets venant de visionner un film violent avaient plus facilement tendance à juger les autres comme des " ennemis " potentiels. Cette hostilité sourde se retrouve aussi dans d’autres expériences où les sujets ont exprimé davantage de pensées agressives après un film violent, que ceux qui avaient regardé un film " neutre ". Il n’est question ici bien sûr que de " tendance à " et non d’affirmations de type prédictif !

Une facilitation du passage à l’acte : pour anecdote, 9 détenus sur 10 d’une prison de l’Illinois, ont reconnu avoir appris des " techniques " en regardant des films policiers. Le sujet est spectateur de modes opératoires divers pour tuer, voler ou mettre en péril l’intégrité physique d’autrui. Les films violents ont parfois une valeur " pédagogique ".

Identification à l’agresseur : la psychologie sociale a montré qu’on est d’autant plus enclin à " imiter " un acteur violent à la télé, quand son acte a l’air de pouvoir être " excusé " (vengeance), que l’acteur a des côtés " sympathiques " : tout un ensemble de traits de mise en scène délaient et minimisent la portée et le sens de son acte. La question du bien et du mal, dans l’absolu, n’est plus posée et se trouve remplacée par des considérations de contingences : le personnage, dans cette situation, avait le " droit " de tuer, voler etc, un peu comme si on légitimait (à partir de quelles valeurs ?) certains actes en les replaçant dans un contexte censé les expliquer, voire les excuser.

Pendant que l’initiation à la violence se fait, un autre phénomène peut s’observer : une désensibilisation par l’image.

Une expérience de base montre qu’au fil de séances où ils visionnaient des films violents, les sujets montraient de moins en moins de réactions physiologiques (transpiration, accélération du rythme cardiaque). On peut en déduire que l’exposition régulière à la violence télévisuelle finit par nous désensibiliser partiellement : nous ne réagissons plus avec la même force, et ce…avec notre corps. D’ailleurs, qu’on pense aux journaux télévisés et à leur litanies de morts et de catastrophes. Combien de morts un tsunami doit-il provoquer pour que les gens soient touchés au plus profond d'eux-mêmes ? Quels sont aujourd’hui nos " seuils " de tolérance au malheur d’autrui pour être émus et bouleversés au point d’entraîner un élan de solidarité au niveau national et mondial ?

Des programmes de télévision se sont aussi fait une spécialité de montrer des images de course-poursuite et d’interpellations musclées. C’est la " télé-réalité ", terme si impropre puisque tout cela n’est qu’une toute petite partie de la " réalité ". Ce n’est plus alors de la désensibilisation, mais un certain attrait (d’aucuns diront morbide) pour tout ce qui fait (de moins en moins !) peur. Un peu comme les contes avec leurs sorcières que les enfants réclament en frissonnant d’avance, ces images violentes nous attirent par leur aspect spectaculaire.

A la désensibilisation peut aussi justement s’ajouter le sentiment, à force de voir la violence à l’écran, que le monde extérieur n’est que danger potentiel et hostilité. L’autre devient un ennemi possible, comme celui de la télé, dont il s’agit de se méfier. On voit le danger partout, " ça n’arrive pas qu’aux autres ", " ça n’arrive pas qu’à la télé ". Enfin, dans notre société de l’image et de la vitesse, il y a de moins en moins de place pour la réflexion, la critique et l’analyse…

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Publié dans psycho

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