L'entretien d'aide
Le CPE qui reçoit un élève en entretien daide adopte une attitude qui, selon Porter, se situe alternativement dans lune ou lautre de ces catégories :
Evaluation : on réagit selon ses normes et ses valeurs, sa vision des choses. On est dans une attitude de jugement peut propice au déblocage de la situation. Lélève risque de se sentir culpabilisé, " au mieux ", et au pire révolté de ne pas se sentir écouté ni compris dans sa spécificité. Cest presque une invitation à ce quil dissimule à lavenir ce quil pense ou ce dont il souffre.
Quand on répond à un élève qui raconte sa souffrance quil y a " bien plus malheureux que lui ", quil na quà " regarder autour de lui ", cest un exemple dattitude dévaluation. La souffrance, lidentité de lélève ne sont pas reconnues.
Interprétation : le CPE plaque ses modèles de compréhension dun affect ou dun événement sur lélève, lui imposant son interprétation de la situation. " Si tu as souvent mal à la tête, cest que tu ne prends pas de petit- déjeuner " " tu ne dors pas assez " " tu devrais faire du sport " (si le CPE a des discours à tendance hygiéniste !).
On peut complètement passer à côté du vécu réel de lélève en sengouffrant dans des interprétations abusives et toutes faites. Cest aussi une attitude bien irrespectueuse puisquon juge mieux savoir que lautre, ce qui est bon pour lui.
Investigation : il sagit là de quelque chose qui ressemble à un interrogatoire, à un feu roulant de questions pour obtenir un maximum de renseignements sur la situation de lélève. Chercher à savoir est nécessaire mais non suffisant. Cette attitude peut être perçue comme intrusive. Et lélève a peut-être le sentiment dexposer son problème de façon mécanique alors quil aurait besoin de parler, de confier, sans plan, sans ordre.
Soutien : attitude qui se veut rassurante, voire paternaliste. Le problème de lélève est parfois minimisé. Lattitude de soutien, par son côté addictif, ne conduit pas lélève vers lautonomisation, nécessaire à son développement.
Solution du problème : le CPE juge avoir la clé du problème (souvent, il a été dans linterprétation avant cela) et lexpose, la propose, limpose, toujours sûr davoir compris doù venait la difficulté et donc le chemin pour en sortir. La réponse de solution peut être inadaptée à lélève, soit parce quelle tombe " à côté ", soit parce quelle est peu écologique : elle nest pas ajustée aux valeurs, attentes, besoins, capacités de lélève.
Compréhension : cette attitude est la plus respectueuse de lélève et la plus porteuse en résolution de problèmes. Par la reformulation, la mise en retrait de sa vision du monde, par une certaine empathie, le CPE signifie à lélève quil cherche à comprendre son vécu intérieur. Lélève se sent davantage accepté et reçu dans sa difficulté actuelle ; il ne se sent pas jugé ni infériorisé. Il est un partenaire de la relation daide : sa difficulté est prise au sérieux, analysée avec ses propres mots, son système de valeurs. Il va donc pouvoir participer activement aux remédiations nécessaires.
Lire:l'entretien: pourquoi, comment, les biais, par Nathalie Bonneton-Botté, maître de conférence en psychologie, intervenant à l'IUFM de St Brieuc