L'entretien d'aide

Publié le par Gabrielle

Le CPE qui reçoit un élève en entretien d’aide adopte une attitude qui, selon Porter, se situe alternativement dans l’une ou l’autre de ces catégories :

Evaluation : on réagit selon ses normes et ses valeurs, sa vision des choses. On est dans une attitude de jugement peut propice au déblocage de la situation. L’élève risque de se sentir culpabilisé, " au mieux ", et au pire révolté de ne pas se sentir écouté ni compris dans sa spécificité. C’est presque une invitation à ce qu’il dissimule à l’avenir ce qu’il pense ou ce dont il souffre.

Quand on répond à un élève qui raconte sa souffrance qu’il y a " bien plus malheureux que lui ", qu’il n’a qu’à " regarder autour de lui ", c’est un exemple d’attitude d’évaluation. La souffrance, l’identité de l’élève ne sont pas reconnues.

Interprétation : le CPE plaque ses modèles de compréhension d’un affect ou d’un événement sur l’élève, lui imposant son interprétation de la situation. " Si tu as souvent mal à la tête, c’est que tu ne prends pas de petit- déjeuner " " tu ne dors pas assez " " tu devrais faire du sport " (si le CPE a des discours à tendance hygiéniste !).

On peut complètement passer à côté du vécu réel de l’élève en s’engouffrant dans des interprétations abusives et toutes faites. C’est aussi une attitude bien irrespectueuse puisqu’on juge mieux savoir que l’autre, ce qui est bon pour lui.

Investigation : il s’agit là de quelque chose qui ressemble à un interrogatoire, à un feu roulant de questions pour obtenir un maximum de renseignements sur la situation de l’élève. Chercher à savoir est nécessaire mais non suffisant. Cette attitude peut être perçue comme intrusive. Et l’élève a peut-être le sentiment d’exposer son problème de façon mécanique alors qu’il aurait besoin de parler, de confier, sans plan, sans ordre.

Soutien : attitude qui se veut rassurante, voire paternaliste. Le problème de l’élève est parfois minimisé. L’attitude de soutien, par son côté addictif, ne conduit pas l’élève vers l’autonomisation, nécessaire à son développement.

Solution du problème : le CPE juge avoir la clé du problème (souvent, il a été dans l’interprétation avant cela) et l’expose, la propose, l’impose, toujours sûr d’avoir compris d’où venait la difficulté et donc le chemin pour en sortir. La réponse de solution peut être inadaptée à l’élève, soit parce qu’elle tombe " à côté ", soit parce qu’elle est peu écologique : elle n’est pas ajustée aux valeurs, attentes, besoins, capacités de l’élève.

Compréhension : cette attitude est la plus respectueuse de l’élève et la plus porteuse en résolution de problèmes. Par la reformulation, la mise en retrait de sa vision du monde, par une certaine empathie, le CPE signifie à l’élève qu’il cherche à comprendre son vécu intérieur. L’élève se sent davantage accepté et reçu dans sa difficulté actuelle ; il ne se sent pas jugé ni infériorisé. Il est un partenaire de la relation d’aide : sa difficulté est prise au sérieux, analysée avec ses propres mots, son système de valeurs. Il va donc pouvoir participer activement aux remédiations nécessaires.

Lire:l'entretien: pourquoi, comment, les biais, par Nathalie Bonneton-Botté, maître de conférence en psychologie, intervenant à l'IUFM de St Brieuc

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Publié dans suivi des élèves

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