et la cantine, hein?

Publié le par Gabrielle

Bien, avant de lire ce chapitre, pensez à revoir celui consacré à l’habillement, utile pré-requis, pour parler en langage pédagogique…

Midi a sonné et vous avez à gérer le flot des affamés qui se ruent vers la cantine, pardon, " le restaurant scolaire " (certains intendants tiennent à cette nuance, qui, au vu de ce qui atterrit dans l’assiette, laisse songeur, mais ceci est un autre problème…) Vous aurez plusieurs tâches, parfois contradictoires : faire entrer au plus vite les élèves pour soulager leur estomac ET faire ceci dans un calme au moins apparent pour soulager les nerfs des cuisiniers et serveurs, veiller à ce que les assiettes en début de chaîne restent bien en pile ET pousser gentiment la horde de ventres vides s’en saisir avec une dextérité sans faille, permettre à chacun de prendre sa tranche de pain ET éviter le gaspillage de ceux qui disent saucer à tout va et se servent plus que de raison, laisser le distributeur de lait se faire traire un verre ET y jeter un coup d’œil avant qu’il ne soit saisi d’incontinence, trouver un juste équilibre entre les piaffements des gamins sur la chaîne ET la courtoisie due aux personnels de cuisine. Bon, ne vous découragez pas. Shiva est votre surnom, ne l’oubliez pas.

A ce stade, vous n’en êtes encore que le long de la chaîne self et votre calvaire n’est pas fini. Voilà vos petits chargés de plateaux bien remplis qui se dirigent vers la salle de restauration. Suivons-les.

En y entrant, vos tympans seront assaillis par un choc de décibels auquel on s’habitue assez vite. Pour les oreilles fragiles, un stage ou deux dans une gare un jour de grands départs vous mettront à niveau. Règle d’or : exigez qu’une table de quatre ne soit pas le squat de 5 voire 6 plateaux, sinon ceux-ci risquent de subir la loi de la gravité, coups de coudes aidant.

Ah, les distributeurs de sauce… toujours placés au fond, de véritables pousse-au-crime. La table, ronde pour faciliter l’accès aux diaboliques pompes, n’est plus très fière après quelques passages : ayez l’estomac bien accroché. Les pressés pompent, pompent jusqu’à ce qu’un jet violent fuse un peu au hasard. Il y a les maladroits qui pompent, pompent sans que rien ne sort. Les énervés pompent, pompent et devant la mauvaise volonté du seau, se rabattent, bousculade au passage, sur un autre distributeur. Les mélangeurs, eux, pomperont sous vos yeux révulsés à différents seaux et concocteront une mixture multicolore qui jouera les stalactites au bord de l’assiette. Bien, vos loustics sont tous (rêvons) assis et se restaurent.

Je n’ai pas trouvé la solution pour que le sel reste sel. Shiva est mon nom, mais même Shiva a ses limites. En effet, si chaque table a sa salière… euh, il n’y en aura bientôt plus. Donc, la solution retenue est de ne fournir qu’une seule et grande salière pour toute la salle. Elle a ses inconvénients. " Passe-moi le sel " devient une phrase susceptible de provoquer le pire : je ne te passe pas le sel, la salière est vidée d’un coup dans l’assiette car le précédent utilisateur a trouvé très marrant de dévisser au maximum le capuchon. D’autres trouvent intéressant aussi de cracher dans la salière et le sel mouillé ne passe plus à travers les trous. Ne vous engouffrez pas dans d’inutiles cours de physique. Greffez vous une paire d’yeux supplémentaires là où vous voulez (après les épaules, le dos, je n’ai plus d’idées) ou lancez-vous dans une campagne de santé avec l’infirmière sur les méfaits du sel pour expliquer que dorénavant, la frite se dégustera sans sel. Dure décision pour ce pays du Nord.

Il vous faudra supporter les jets de nourriture et vous faire expert en balistique alimentaire. D’où vient ce débris de pomme de terre qui a atteint la petite, venue pleurer dans vos jupons ? Votre tête transformée en périscope fait un 360° soupçonneux. Ce sont essentiellement les rires sous cape qui vous dirigeront vers le coupable.

Ne vous offusquez pas des manières à table. Entrée, plat, dessert, arrière ! Le carré de poisson pané finira entre deux tranches de pain, façon fishburger. Le steack atterrira dans le ramequin de salade. Bah, comme le tout se mélange fraternellement dans le ventre… Ayez un œil sur ceux qui ont fini leur repas et qui prennent le restaurant scolaire pour un vrai restaurant : j’ai mangé, je m’en vais. Halte-là. Votre tête-périscope repérera ceux-là et vos cordes vocales rappelleront que, justement, on n’est pas dans un vrai restaurant. Ou soyez pédagogiques avec le mangeur de fishburger et rappelez-lui que dans son fast-food préféré aussi, il range son plateau. Euh, non, il ne jette pas son plateau dans une poubelle, l’analogie s’arrêtant là. Il faut penser à tout.

A ce moment de l’histoire, votre salade verte s’est définitivement noyée dans la vinaigrette et vos légumes sont froids. Allez, il reste le dessert !

                                          

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Publié dans humour

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M
Hello Gabrielle, j'ai lu ta nouvelle page humour, tu es géniale. A lire tes articles, on s'y croirait vraiment. Tu as l'art de relativiser les " petites misères" de ton lycée et de les raconter à ta manière, spirituelle et humoristique.Tu dois jongler entre le rire,les nerfs qui tirebouchonnent,les yeux qui font roue libre, la ruse du sioux, des envies de meurtre,(meuh si)le petit menton qui tremble de désespoir devant la meute de rebelles et l'envie de te dire que " c'est pas possible, je dois rêver" Allons, courage,reste zen devant l'adversité,résiste à l'envie de grimper les murs, de te taper la tête au plafond,souris, prends l'air dégagé et siflotte --- ça ira mieux demain !! ou encore, ha, ça ira, ça ira --- et continue tes articles que j'apprécie énormément et je ne suis pas la seule !!! Bisous
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D
Très bonne analyse !Je ne m'étais jamais placé de ce coté du point de vue.Moi j'étais le malin qui se met les cuistos et serveuses en poche histoire d'avoir en extra,les desserts qui passeront pas le week end.Celui qui s'inscrit à tout les clubs entre midi et deux heures histoire de passer 'prio' tout les jours !La faim m'a donc ouvert les horizons du grecque, de la musique, de l'informatique, de la peinture sur soie (et soi!), et surtout des bougies et abat jour en fleur séchées !Bref des univers pour lesquels je me sentais pas destiné :)J'aime votre blog, car il me fait prendre conscience que même si je pensais (et honnetement apres 8ans dans le même établissement on y arrive) 'rouler' et 'abuser' le système, certains n'étaient pas dupes.Bonne continuation.Cordialement.David.<br />  
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