et la cantine, hein?
Bien, avant de lire ce chapitre, pensez à revoir celui consacré à lhabillement, utile pré-requis, pour parler en langage pédagogique
Midi a sonné et vous avez à gérer le flot des affamés qui se ruent vers la cantine, pardon, " le restaurant scolaire " (certains intendants tiennent à cette nuance, qui, au vu de ce qui atterrit dans lassiette, laisse songeur, mais ceci est un autre problème ) Vous aurez plusieurs tâches, parfois contradictoires : faire entrer au plus vite les élèves pour soulager leur estomac ET faire ceci dans un calme au moins apparent pour soulager les nerfs des cuisiniers et serveurs, veiller à ce que les assiettes en début de chaîne restent bien en pile ET pousser gentiment la horde de ventres vides sen saisir avec une dextérité sans faille, permettre à chacun de prendre sa tranche de pain ET éviter le gaspillage de ceux qui disent saucer à tout va et se servent plus que de raison, laisser le distributeur de lait se faire traire un verre ET y jeter un coup dil avant quil ne soit saisi dincontinence, trouver un juste équilibre entre les piaffements des gamins sur la chaîne ET la courtoisie due aux personnels de cuisine. Bon, ne vous découragez pas. Shiva est votre surnom, ne loubliez pas.
A ce stade, vous nen êtes encore que le long de la chaîne self et votre calvaire nest pas fini. Voilà vos petits chargés de plateaux bien remplis qui se dirigent vers la salle de restauration. Suivons-les.
En y entrant, vos tympans seront assaillis par un choc de décibels auquel on shabitue assez vite. Pour les oreilles fragiles, un stage ou deux dans une gare un jour de grands départs vous mettront à niveau. Règle dor : exigez quune table de quatre ne soit pas le squat de 5 voire 6 plateaux, sinon ceux-ci risquent de subir la loi de la gravité, coups de coudes aidant.
Ah, les distributeurs de sauce toujours placés au fond, de véritables pousse-au-crime. La table, ronde pour faciliter laccès aux diaboliques pompes, nest plus très fière après quelques passages : ayez lestomac bien accroché. Les pressés pompent, pompent jusquà ce quun jet violent fuse un peu au hasard. Il y a les maladroits qui pompent, pompent sans que rien ne sort. Les énervés pompent, pompent et devant la mauvaise volonté du seau, se rabattent, bousculade au passage, sur un autre distributeur. Les mélangeurs, eux, pomperont sous vos yeux révulsés à différents seaux et concocteront une mixture multicolore qui jouera les stalactites au bord de lassiette. Bien, vos loustics sont tous (rêvons) assis et se restaurent.
Je nai pas trouvé la solution pour que le sel reste sel. Shiva est mon nom, mais même Shiva a ses limites. En effet, si chaque table a sa salière euh, il ny en aura bientôt plus. Donc, la solution retenue est de ne fournir quune seule et grande salière pour toute la salle. Elle a ses inconvénients. " Passe-moi le sel " devient une phrase susceptible de provoquer le pire : je ne te passe pas le sel, la salière est vidée dun coup dans lassiette car le précédent utilisateur a trouvé très marrant de dévisser au maximum le capuchon. Dautres trouvent intéressant aussi de cracher dans la salière et le sel mouillé ne passe plus à travers les trous. Ne vous engouffrez pas dans dinutiles cours de physique. Greffez vous une paire dyeux supplémentaires là où vous voulez (après les épaules, le dos, je nai plus didées) ou lancez-vous dans une campagne de santé avec linfirmière sur les méfaits du sel pour expliquer que dorénavant, la frite se dégustera sans sel. Dure décision pour ce pays du Nord.
Il vous faudra supporter les jets de nourriture et vous faire expert en balistique alimentaire. Doù vient ce débris de pomme de terre qui a atteint la petite, venue pleurer dans vos jupons ? Votre tête transformée en périscope fait un 360° soupçonneux. Ce sont essentiellement les rires sous cape qui vous dirigeront vers le coupable.
Ne vous offusquez pas des manières à table. Entrée, plat, dessert, arrière ! Le carré de poisson pané finira entre deux tranches de pain, façon fishburger. Le steack atterrira dans le ramequin de salade. Bah, comme le tout se mélange fraternellement dans le ventre Ayez un il sur ceux qui ont fini leur repas et qui prennent le restaurant scolaire pour un vrai restaurant : jai mangé, je men vais. Halte-là. Votre tête-périscope repérera ceux-là et vos cordes vocales rappelleront que, justement, on nest pas dans un vrai restaurant. Ou soyez pédagogiques avec le mangeur de fishburger et rappelez-lui que dans son fast-food préféré aussi, il range son plateau. Euh, non, il ne jette pas son plateau dans une poubelle, lanalogie sarrêtant là. Il faut penser à tout.
A ce moment de lhistoire, votre salade verte sest définitivement noyée dans la vinaigrette et vos légumes sont froids. Allez, il reste le dessert !