Rapport annexé de la Loi Fillon censuré
Pour revenir à la " censure " de larticle 12 de la loi Fillon par une décision du Conseil Constitutionnel, voyons comment sexplique la situation. Les arguments sont tirés des Cahiers du Conseil Constitutionnel n°19.
Larticle 12 de la loi Fillon énonçait :
Les 120 députés et sénateurs ayant saisi le Conseil constitutionnel demandaient que soient examinée la constitutionnalité de cet article au motif quil pouvait relever du domaine réglementaire, quil navait pas de caractère normatif et quil manquait de clarté : en effet, selon la Constitution de 1958 et la déclaration des Droits de lHomme et du Citoyen, une loi doit être normative et claire.
Les neuf Sages expliquent par cette formule non dénuée dhumour :
Il manque donc la précision, la clarté et la normativité, toutes qualités requises pour faire loi ; ceci est exposé ainsi :
" Sauf (et encore...) à constituer un " principe fondamental " au sens de l'article 34 de la Constitution, dont les modalités d'application sont renvoyées au pouvoir réglementaire, une disposition de portée normative incertaine (c'est-à-dire énonçant une règle en termes équivoques ou confus) se heurte d'abord à un principe constitutionnel (la clarté de la loi) et méconnaît un objectif de valeur constitutionnelle (intelligibilité et accessibilité de la loi) "
Par ailleurs,
"[une disposition de portée normative incertaine]risque en outre de porter atteinte à la séparation des pouvoirs et aux droits fondamentaux " : en effet, si la disposition votée manque de clarté ou de limites certaines, le pouvoir judiciaire devrait prendre le relais afin dexpliciter la loi : il y aurait risque que ce rôle dinterprétation par le juge empiète sur les pouvoirs du législateur, doù confusion des pouvoirs et atteinte possible aux droits fondamentaux. La loi est là pour prescrire, autoriser et interdire, rien de plus, rien de moins.Dautre part, le Conseil Constitutionnel ne reconnaît pas à larticle 12, qui approuve le rapport annexé, le statut de disposition pouvant être légitimement portée au vote du Parlement car :
Selon la Constitution de 1958, le Parlement nest autorisé à voter que lois, motions de censure, règlement intérieur etc et non des dispositions qui nauraient pas de caractère normatif. Le Conseil constitutionnel reconnaît aussi quil revient à plus dorthodoxie en censurant cet article, contrairement à sa " tolérance " des dernières années. Le ministre Fillon parle, à raison, de " revirement de la jurisprudence ". Si revirement il y a, cest pour rappeler les fondements de lacte législatif afin déviter ce que Pierre Mazeaud, président du Conseil constitutionnel, appelait la " loi bavarde " dans son discours de vux début 2005.