Laïcité: définition?

Publié le par Gabrielle

Il y a un peu plus d'un an, la laïcité dans les établissements scolaires a été nouvellement encadrée par la loi du 15 mars 2004 ("encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics."). Cette loi a fait grand bruit. (la circulaire d'application) Depuis 1989 et la première "affaire du foulard", polémiques et mises à plat successives n'avaient pas permis de clore le débat: mais pouvait-il l'être aussi facilement?
La notion de laïcité, avant de vouloir être un principe, n'est pas aisée à définir. Lisons ces quelques avis qui sont autant de prises de
position.
La laïcté n'est pas une notion statique:
Claude NICOLET : « La laïcité ne nous a pas été donnée comme une révélation. Elle n’est sortie de la tête d’aucun prophète; elle n’est
exprimée dans aucun catéchisme. Aucun texte sacré n’en contient les secrets, elle n’en a pas. Elle se cherche, s’exprime, se discute, s’exerce et, s’il faut, se corrige et se répand. »
Jacques BUR : « selon les circonstances, et selon les sentiments de qui en fait usage, la notion de laïcité peut recouvrir soit une neutralité
positive et bienveillante de l’Etat en face de toutes les croyances religieuses, soit une neutralité jalouse et hargneuse érigée à la hauteur d’un principe, voire d’un idéal, soit même un laïcisme doctrinaire; expression quasi-religieuse d’un humanisme positiviste ou athée. »
Edgar MORIN : « il est remarquable que, dans l’affaire du foulard, les opinions antagonistes se soient toutes légitimées au nom de la laïcité.
Elles témoignaient surtout qu’on ne savait plus exactement ce que signifiait la laïcité, et qu’un "trou noir" s’était creusé sous ce terme. »

Pour les institutions, il n'est pas évident non plus de donner une définition univoque de la laïcité: entendue comme séparation du politique et du religion, elle implique l'absence de tout signe ou manifestation religieux dans les établissement relevant de l'Etat. Entendue comme neutralité, elle oblige les enseignants à taire leurs convictions religieuses, sans étendre cette obligation aux élèves.
Ces deux conceptions s'opposent depuis des années.

Le Conseil d'Etat a remis un rapport à ce sujet: résumé ici, il dit:

 En se gardant bien de chercher à établir une définition précise du concept de laïcité, le rapport s'efforce d'appréhender son contenu, sous trois aspects :

- Laïcité et neutralité : le principe de laïcité impose des obligations au service public, la neutralité à l'égard de toutes les opinions et croyances. " La neutralité est la loi commune de tous les agents publics dans l'exercice de leur service ".
- Laïcité et liberté religieuse : la laïcité ne se résume pas à la neutralité de l'Etat, ni à la tolérance. Elle ne peut ignorer le fait religieux et
implique l'égalité entre les cultes. Dans la ligne de sa jurisprudence classique sur les libertés publiques, le juge administratif s'efforce de concilier liberté religieuse et respect de l'ordre public.
- Laïcité et pluralisme : si le législateur, en 1905, a fait disparaître la catégorie des cultes reconnus, et si l'Etat ne doit donc désormais "
reconnaître " aucune religion, il ne doit en méconnaître aucune. Parmi les acquis de la laïcité, figurent l'affirmation que toutes les religions ont droit à l'expression et, contrepartie de la précédente, celle qu'il ne doit pas y avoir, par une ou plusieurs d'entre elles, accaparement de l'Etat ou négation des principes fondamentaux sur lesquels il repose.



C'est bien l'articulation de la laïcité et du pluralisme que l'Ecole doit protéger aujourd'hui.

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Publié dans citoyenneté

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