Laura

Publié le par Gabrielle

Si j’ai rédigé l’article sur l’intégration des élèves handicapés ou atteints de maladies chroniques (ici) , c’est qu’une expérience intéressante d’il y a quelques années m’est revenue en mémoire.
Appelons-la Laura.

J’ai rencontré Laura, élève dans un lycée " classique " où j’arrivais pour un an. Dès la rentrée, l’infirmière me contacte pour me parler de sa situation : atteinte de polyarthrite rhumatoïde, Laura a traversé une année de seconde difficile : outre sa maladie, déjà pénible, elle a dû supporter une série de maladresses, malentendus, incompréhensions et attitudes, de la part des adultes, et tout ceci posait question. Je ne sais comment définir cela autrement que par ellipses…

Un exemple parmi d’autres : les bâtiments du lycée s’étendant sur un vaste espace et Laura ayant parfois du mal à se déplacer rapidement pendant les interclasses (traverser la cour, monter les escaliers), il lui est arrivé d’être renvoyée au point de départ pour retirer…un billet de retard. Cherchez l’erreur. On lui reprochait aussi ses absences fréquentes…mais parfaitement justifiées par les douleurs, les examens médicaux nécessaires, les consultations dans un centre anti-douleur. Une situation d’incompréhension totale s’était installée. Je pense qu’à ce stade, plus personne ne savait de quoi elle souffrait, ce qui explique (sans les excuser !) certaines attitudes, certaines moues dubitatives et certaines critiques.

Au début de l’année suivante, je suis donc Conseillère Principale d’Education dans cet établissement, responsable des classes de 1ère et donc…de Laura.

L’infirmière me raconte l’histoire et nous décidons de réunir l’équipe éducative afin de rédiger un Protocole d’Accueil Individualisé (comme décrit dans mon article précédant) . J’avoue avoir découvert l’existence des textes réglementaires à ce sujet ! Dans le lycée où j’avais travaillé précédemment, nous accueillions 7 élèves déficients visuels et une élève handicapée motrice lourde : pas de PAI, pas de formalisation, mais un accueil adapté grâce à la bonne volonté de chacun et un bon esprit d’équipe. J’ai envie de dire…un bon esprit tout court !
Bref, vu ce que Laura a vécu l’année d’avant, nous préférons préparer son année dans les règles de l’art : réunion des professeurs, avec le médecin scolaire, l’infirmière, la famille, la direction. La famille expose en quoi consiste la maladie, décrit l’évolution des douleurs et crispations dans la journée, la fatigue accumulée. La question du régime alimentaire est vite réglée par quelques recommandations aux cuisines.
Pour le reste…c’est à dire, le principal, je me mets à ramer, ramer à contre-courant, moi, toute pleine d’idées, de trucs et ficelles, face à des professeurs réticents voire hostiles à imaginer des solutions qui n’ont rien d’exceptionnel. Pour les devoirs surveillés des matières " scientifiques ", comme Laura n’est jamais sûre de pouvoir écrire jusqu’à la fin de sa copie, je propose qu’on la laisse rédiger un nombre donné d’exercices, le reste étant terminé à la maison, avec éventuellement un barême différent. " Ce n’est pas possible ". Les " littéraires " me rappellent que cet arrangement n’est pas possible dans leur domaine, roi de la longue dissertation non-découpable. Je réponds, qu’à cela ne tienne : Laura rédigera les 2 premières parties et leur rendra un plan détaillé de la dernière partie. " Ce n’est pas possible ". Du bout des lèvres, ils opteraient bien pour un tiers-temps accordé en plus. Problème : avec ce tiers-temps, Laura va manquer, à chaque DS, le début du cours suivant, occupée qu’elle sera à finir son devoir…et où, dans quelles conditions ? " Ce n’est pas possible ".

J’ai envie de leur mettre les textes réglementaires sous le nez, je bous. Tout paraît devenir si compliqué alors que l’année précédente, dans mon ancien lycée, chacun avait trouvé son bout de solution pour venir à bout des difficultés de l’aveugle avec sa machine à faire du braille et de son chien, de l’autre élève, en fauteuil roulant électrique, incapable de tenir un stylo…d’un autre encore, avec ses cours photocopiés sur A3….
Je passe sur les détails plus techniques : accorder un casier à Laura, lui permettre de faire des photocopies facilement, tout cela concernant le personnel des secrétariats et n’entraînant aucune levée de boucliers.

Je passe sur le premier trimestre, exécrable pour Laura, même si elle m’affirmait qu’il y avait un " mieux " par rapport à son année de seconde. En décembre, j’ai failli craquer. Rien ne marchait comme je le voulais : ça traînait les pieds, par mauvaise volonté ? par ignorance ?

J’ai donc " menacé " le proviseur de faire un coup d’éclat dans les cours s’il n’intervenait pas rapidement auprès des deux professeurs les plus " mal lunés ". J’étais prête, avec l’accord de l’élève bien sûr, de…porter l’élève dans mes bras de cours en cours, afin de faire honte aux professeurs. Je voulais leur mettre sous le nez que son handicap, même invisible à l’œil nu, n’en était pas moins bien présent et douloureux. Je n’ai pas eu besoin de mettre ma menace à exécution, le proviseur est intervenu, les professeurs ont rangé leurs maladresses et l’année s’est écoulée un peu mieux, jamais aussi bien que je l’aurais espérée. Dans mon dos, j’ai entendu certains d’entre eux dire " c’est la protégée de la CPE, on ne peut rien dire ".
La vraie fin de l’histoire ? Quand j’ai quitté ce lycée comme prévu en fin d’année, je ne pouvais accepter l’idée que Laura y finisse sa scolarité sans mon aide. Je suis allée voir mon ancien lycée, ai fait sa " pub " auprès du proviseur et Laura a été admise en terminale, hors secteur, hors dérogation, hors tout. Mais bien prise en charge. A la rentrée, je me suis proposée pour être sa référente. Il n’y eut aucun PAI rédigé, aucune réunion, mais Laura a eu droit à tout ce dont elle avait besoin, comme je l’avais prévu. Une belle équipe !

Laura est aujourd’hui bien loin, au Canada où elle termine des études d’infirmière. Nous restons en contact par mail ou téléphone, de temps en temps. Elle va bien.

 

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H
Ces problèmes démontrent combien l'esprit d'ouverture des intéressés est important. Avoir une personne handicapée auprès de soi, c'est automatiquement devoir trouver des compromis, être imaginatif, flexible, et surtout... Humain<br /> Les personnes qui définisent leur boulot au sens purement administratif ne désirent qu'une chose : Un travail routinier, sécurisé, sans surprise et retourner chez eux en ayant eu le moins de problèmes possible à résoudre. Pour ces personnes, avoir quelqu'un souffrant d'un handicap auprès deux est intolérable car cela va tout à l'encontre de leur désir de non implication et de fonctionnarisation excessive de leur métier.<br /> Je ne crois pas qu'il y ait de solutions miracles à ce niveau, sauf avoir plusieurs personnes qui manifestent leur opposition a cette vision inhumaine (Ce que tu as fait à très juste titre)... Seule la désappobation publique peut être un moyen de pression.<br /> Le sul résultat est de se rendre compte que les individs qui placent l'humain avant tou peuvent tout réaliser nonobstant les règlements, les décrets...<br /> Un simple exemple : J'ai réalisé mes études universitaires dans un bâtiment classé. impossible donc d'après la loi de faire construire un plan incliné !<br /> Le Recteur a décidé de le faire construire en omettant volontairement d'en parler aux autorités... Conclusion, l'administration a réagi 6 ans après , elle a fait démonter le plan pour le reconstruire vu la pression interne 2 ans après...<br /> Preuve que orsque l'on veut, on peut et on fini a ne se mettre des limites que la ou on veut qu'elles soient<br /> Pour arriver à ses fins,il faut du dynamisme et ne pas avoir peur de ramer à contre courant mais il y a toujours des gens pret a te soutenir ... <br /> Bravo à toi pour le soutien que tu as apporté à cette étudiante !
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J
Bonjour<br /> <br /> Tres bien ton article, tres interessant. tout le monde ne sait pas que les profs ne sont pas les meme partout. j'ai fait aussi plusieurs lycees et colleges en tant qu'eleve et j'ai vu beaucoup de differences. meme chez les cpe.<br /> <br /> je t'imagine bien bouillir c est vrai :-) C est déconcertant d etre face a des personnes bornées... j'espere que j'aurais l'occasion de lire la suite!<br /> <br /> Crem'
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F
en meme temps, ca arrive a tout le monde de se tromper... Mais aussi longtemps !! UNE ANNEE ???<br /> <br /> je n'ai pas aimé tous mes profs, loin de la... Mais je pensais que j'avais eu les pires. Je m'a trompé ;)
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