INSERM et Nicolas Sarkozy: même combat?

Publié le par Gabrielle

Ils sont nombreux à trouver dangereuse et liberticide l'alliance de la science et de la politique.
Ouest-France titrait le 10 mars: "Enfants turbulents : une étude qui fâche. L'Inserm consacre une étude à la détection précoce des troubles de conduite chez les enfants. Le document plait à Nicolas Sarkozy pour son plan de lutte contre la délinquance."
Dans son article, le journaliste Bernard LE SOLLEU note: "Ce document de l'Inserm a, en revanche, bien plu au ministre de l'Intérieur. Nicolas Sarkozy prépare depuis des mois un nouveau plan de lutte contre la délinquance. Il souhaite y intégrer « un suivi de l'enfant quasi systématique». Il a évoqué la création d'un « carnet du comportement ». Pas de doute pour les pétitionnaires : l'Inserm cautionne la politique sécuritaire prônée par le ministre de l'Intérieur, et cela dès la maternelle. L'étude définit certaines populations à risques, marquées par la pauvreté, le niveau scolaire, la violence, l'alcoolisation des parents ou le jeune âge de la mère."
Le journaliste rapporte les inquiétudes des milieux médicaux: "C'est extrêmement grave », s'insurge Christine Bellas-Cabane, la présidente du principal syndicat de médecins de la protection maternelle et infantile. « La détection systématique d'enfants agités dans les crèches et les écoles maternelles, au prétexte d'endiguer leur future délinquance, pourrait transformer ces lieux d'accueil et d'éducation en lieux de traque aux yeux des parents. » Plusieurs syndicats, dont l'Unsa-éducation, assurent qu'ils refuseront « d'être des auxiliaires de police ».

En effet, dans un communiqué du 8 mars, le syndicat s'indigne: "Les médecins scolaires travaillent depuis des années à l'accueil des enfants avec des besoins particuliers: handicaps, maladies chroniques, difficultés scolaires, souffrance psychique, troubles de conduite...[...]Mais ils ne veulent pas être les auxiliaires d'une police sociale ou médicale et à une utilisation politique de l'expertise de l'Inserm. Ils resteront vigilants face à tout usage déviant de leurs missions".

Le sénateur PS Jean-Pierre Sueur condamne dans une tribune de Libé du 9 mars le recours aux conclusions de la science pour asseoir des décisions ou projets politiques: méthode de lecture, prévention de la délinquance. Il dénonce:" il s'agit de présenter des choix politiques singuliers comme découlant nécessairement d'une vérité scientifique dont l'évidence s'imposerait absolument. Ce néoscientisme gouvernemental est inquiétant parce qu'il instrumentalise la science au profit de thèses qui sont autant de choix politiques a priori qui ne résultent en rien de données scientifiques qui sont produites comme des justifications a posteriori".
Il conclut: "Les précédents ne manquent pas qui montrent combien on doit s'inquiéter chaque fois qu'un pouvoir instrumentalise la science au service de l'idée qu'il se fait de l'ordre culturel et social."

L'article d'Ouest-France: http://www.ouest-france.fr/offaitjour.asp?idDOC=286723&idCLA=3631
La tribune de Libé: http://www.liberation.fr/page.php?Article=365570

Publié dans violence à l'école

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