Pathologisation de la violence

Publié le par Gabrielle

En ces temps de médicalisation des comportements a-normaux (voir le rapport INSERM et le projet Sarkozy sur la prévention de la délinquance), je vous invite à lire ce texte de 2001, publié dans Ville-Education-Intégration, (n°126 "Soigner" la banlieue?) par Patrick Baudry, Professeur de sociologie, université Michel-de-Montaigne, Bordeaux III.
Sous le titre "La pathologisation de la violence", il est volontiers provocateur mais tellement vrai!
Extraits:
d'abord situer la violence
"On est sans doute tenté de focaliser sur l’acte et d’y retenir toute la «personnalité» du violent. Après quoi l’on explique les raisons « extérieures » qui l’auront poussé à commettre un geste intolérable. Mais cette explication est souvent de peu (on s’en tient à des généralismes ou à des images de caricature) et l’on fait surtout porter toute la responsabilité de l’irruption du mal à celui qui, par l’acte même qu’il a accompli, semble s’autodésigner comme la source d’une pathologie. Toute autre est l’approche qui situe un acte dans un contexte relationnel, organisationnel et social, et qui propose non point de justifier, mais de comprendre une situation violente que l’acte a révélée."

Patrick Baudry interroge aussi les autres types de violence: "[...]on peut bien interroger des violences de formes « démocratiques » qui usent de la dérégulation des marchés, de l’évidence bienheureuse des technologies et de la dégradation des solidarités sociales pour précipiter potentiellement tout un chacun dans un univers de souffrance imparlable et dont la victime
devrait se sentir la seule coupable."
Il s'explique plus loin: "Mon seul propos était de montrer que la violence qui se montre n’est pas la seule qui existe, qu’elle n’appartient pas au continent noir des psychopathes (ou des jeunes-des-banlieues), et que ceux que l’on désigne comme des « violents notoires » n’en ont pas le monopole."
Revenant sur les violences instituées, il provoque: "Ce qui peut étonner, ce n’est pas « l’augmentation de la violence », mais que des gens qui vivent dans des conditions insupportables n’aient pas encore décidé de s’organiser pour attaquer les camions qui livrent
les grandes surfaces commerciales."

Concernant la prévention, il avance: "L’acte violent doit être contextualisé pour être analysé et  pour que des préventions puissent se mettre en place. Des préventions non pas seulement de la violence en tant que telle, mais des situations qui lui sont profitables et qui nuisent aux possibilités d’existence de celui qui manifeste
au travers de son geste un état de crise."

Lire l'article: http://www.cndp.fr/RevueVEI/126/03804311.pdf
Rappel: la pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans", déjà signé par plus de 130 000 personnes: http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/

Publié dans violence à l'école

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